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Le flash intégré est-il toujours utile ?

Le flash intégré ou flash interne de l’appareil photo n’a pas bonne réputation : on l’accuse de faire un éclairage plat, des ombres portées disgracieuses, de provoquer l’effet yeux rouges et/ou « fromage blanc »… mais s’il présente autant d’inconvénients, pourquoi le flash intégré se trouve-t-il encore sur la plupart de nos appareils photo numériques… et à l’inverse, pourquoi sur beaucoup d’appareils photo semi-pro ou professionnels, est-il tout simplement absent… serait-ce donc un outil si mauvais que les professionnels ne l’utilisent jamais ? Les appareils sont-ils devenus si performants en basse lumière qu’il est aujourd’hui possible de se passer du flash ? Bref, le flash intégré a-t-il encore une utilité de nos jours ?

Photo d'un flash intégré d'appareil photo pour illustrer l'article intitulé "Le flash intégré est-il toujours utile ?"

Et bien, je ne vais pas ménager le suspense plus longtemps… selon moi, oui le flash intégré de votre appareil photo est encore utilesa mauvaise réputation, si elle n’est pas entièrement usurpée, repose en partie sur une mauvaise utilisation que l’on en fait : bien utilisé, le flash intégré peut être un allié précieux. Encore faut-il bien connaître son mode de fonctionnement et ses limites pour ne pas lui demander l’impossible.

Voici donc à quoi peut servir votre flash intégré.

Le flash intégré comme source d’éclairage principal : les inconvénients…

Hé, hé, le scoop ! Oui on commence, par le plus évident… imaginons : vous avez tellement peu de lumière que la montée en sensibilité de votre appareil vous donne une image d’une très mauvaise qualité (ce que l’on appelle le bruit numérique vous apporte des pixels colorés disgracieux sur votre photo) : l’activation du flash va apporter la lumière qui manque. Sans flash intégré, vous n’auriez tout simplement pas pu continuer à prendre des photos. Avec lui, c’est encore possible…

Mais là, soyons clairs, ce n’est pas à cette occasion que le flash intégré va le plus « briller »… 🙂 vous n’allez pas faire les photos du siècle : tout ce que l’on reproche habituellement au flash interne risque d’être présent

Les yeux rouges

Comme le flash intégré est généralement beaucoup trop proche de l’axe optique, si le sujet regarde bien en face et a la pupille bien dilatée parce qu’il fait sombre, la lumière du flash va éclairer la rétine. Cette partie de l’œil étant particulièrement vascularisée (présence de petits vaisseaux sanguins), les yeux du sujet photographié apparaîtront rouges.

Vous pouvez bien sûr activer l’ option « Anti-yeux rouge » de votre appareil photo pour réduire, voire éviter le phénomène. Avant de prendre la photo, votre appareil émettra une série de petits éclairs (ou une lumière assez forte) pour forcer la pupille de l’œil à se rétracter et empêcher ainsi que la lumière du flash puisse éclairer directement le fond de l’œil. Pas très agréable pour la personne prise en photo, mais plutôt efficace si cette dernière regardait bien le flash au moment des pré-éclairs.
Vous pouvez aussi régler le problème après coup, en post-traitement, sur un logiciel photo (il existe habituellement un outil qui permet de sélectionner l’œil et va rendre noire la pupille).

L’éclairage plat

Autre inconvénient d’un éclairage proche de l’axe optique, la lumière arrive face au sujet, résultat cela fait disparaître les ombres et donc le relief… sur ce point un flash éclairant en déporté donnera toujours une lumière plus intéressante.

Il y a bien des astuces pour essayer de diffuser la lumière du flash interne (petit réflecteur, mouchoir en papier) ou, en intérieur, réfléchir l’éclair au plafond en utilisant un petit réflecteur blanc (une simple feuille cartonnée peut faire l’affaire) mais ces techniques sont pas toujours très efficaces et réduisent encore la puissance du flash déjà faible.

L’effet « fromage blanc »

En plus de gommer le relief, si l’éclair du flash intégré est mal dosé, le visage sera surexposé, trop blanc.

Cela peut arriver si on est très proche du sujet (même à puissance minimum, le flash éclaire trop) ou si la puissance du flash calculée automatiquement est trop élevée (dans ce cas, il faudra reprendre la main sur les automatismes et la réduire en agissant sur la correction d’exposition du flash). Malgré tout, les algorithmes de calcul de la puissance du flash ont fait des progrès et j’ai l’impression que le phénomène est tout de même beaucoup moins présent et marqué qu’avant.

Les ombres portées ou un fond tout noir

Si un mur clair est proche du sujet photographié, vous aurez le droit à de belles ombres portées peu esthétiques (à vous de vous déplacer avec le sujet pour éloigner le fond et limiter la nuisance visuelle de ces ombres). Et si, à l’inverse, le fond derrière le sujet est très éloigné il y a de fortes chances que votre fond apparaisse tout noir. Là encore tout n’est pas perdu, si vous maîtrisez suffisamment les réglages de votre appareil, vous pourrez essayer d’équilibrer la lumière du flash (qui va éclairer le premier plan) et la lumière ambiante pour éviter d’avoir un fond tout noir derrière votre sujet. Vous pouvez même vous amuser à reproduire ce qu’on appelle l’effet « nuit américaine » qui donne un peu l’impression de la nuit en plein jour (le fond est assombri alors que le sujet est bien éclairé).

Bon ok, je vous l’accorde, cela fait beaucoup d’inconvénients… mais bon je vous rappelle, c’était ça ou pas de photos du tout ! Et puis, nous avons vu qu’il y a tout de même pas mal de petites astuces pour améliorer une photo faite au flash intégré.

Utiliser le flash intégré pour déboucher les ombres

Voilà une situation où le flash interne va sans soucis faire le job. Ici, l’éclairage frontal n’est pas un souci, car l’idée est juste d’atténuer les ombres, pas de les enlever : on parle de déboucher les ombres (en anglais, la technique est connue sous le nom de « fill in » qui signifie « remplir »).

Le flash interne n’est pas utilisé comme source d’éclairage principale mais comme source secondaire. Pour un effet réussi, l’éclair du flash se doit de rester discret.
Très concrètement, cela se traduit par une atténuation de la puissance calculée du flash intégré. Il faudra opérer une correction ou compensation d’exposition au niveau du flash : généralement réduire la puissance d’un à deux IL (Indice de lumination) donne plutôt de bons résultats.

Attention, il ne faut pas confondre la correction d’exposition du flash avec celle faite sur la lumière ambiante c-a-d. celle qui joue sur l’ouverture ou la vitesse d’obturation. Sur tous les appareils, il existe bien une correction d’exposition spécifique au flash en plus de la correction d’exposition « classique ».

Cette technique de fill in avec le flash intégré pourra en particulier être utilisée avec succès lorsque vous avez des ombres très marquées sur votre sujet (lumière directe du soleil par exemple), un petit coup de flash discret permettra d’atténuer les ombres sans les faire disparaître (on adoucit les contrastes ; les ombres sont plus douces mais elles sont toujours présentes pour ne pas gommer le relief). Sur un portrait, cette technique, en plus d’éclaircir les yeux (partie la plus importante sur un portrait rapproché), permet aussi de renforcer le regard en rajoutant une petite lueur (le reflet de l’éclair) dans les yeux.

Utilité du flash intégré - Déboucher les ombres (technique du "fill in") : photo sans et avec le flash intégré

Photo de gauche sans le flash et photo de droite avec le flash intégré pour déboucher les ombres

Utiliser le flash intégré pour gérer un contre-jour

Dans le même esprit que dans le cas précédent, le flash intégré pourra aussi être utile pour rééquilibrer les fortes différences de tonalité d’une  scène avec un sujet à contre-jour : le sujet est pas ou peu éclairé et le fond est très lumineux.
Dans ce cas de figure, en fonction de la mesure d’exposition de votre boîtier, il y a de fortes chances que le sujet apparaisse :

  • tout noir avec un fond correctement exposé
  • ou bien au contraire convenablement exposé mais sur un fond tout blanc

La scène étant trop fortement contrastée, elle dépasse la dynamique du capteur de votre appareil et vous devez donc choisir entre un sujet bien exposé sur fond blanc (on privilégie le sujet) ou un sujet en ombre chinoise sur un fond bien exposé (on privilégie le décor autour du sujet comme c’est souvent le cas, par exemple, avec des photos de coucher de soleil où une personne apparaît sous forme d’une simple silhouette).
Et bien, grâce au flash intégré, vous avez une troisième possibilité : vous pourrez gérer le fort contraste en apportant avec le flash de la lumière sur le sujet mal éclairé. Il sera donc possible d’avoir à la fois le sujet et le fond bien exposé. Autrement dit, l’éclair du flash va éclairer le sujet en premier plan et les paramètres d’exposition (ouverture, vitesse d’obturation et sensibilité) permettront de bien exposer le fond.

Utilité du flash intégré - photos à contre-jour : exposition pour le fond, pour le sujet et photo avec flash intégré

Photo de gauche avec le fond bien exposé mais le sujet sous-exposé, photo du centre avec le sujet bien exposé mais le fond sur-exposé et photo de droite avec le flash intégré (sujet et fond bien exposé)

Accentuer les couleurs avec le flash intégré

Si votre sujet ne reçoit pas une lumière suffisante, ses couleurs risquent d’apparaître ternes, de la même manière qu’un paysage baigné de soleil présentera des couleurs plus éclatantes que s’il est éclairé par une lumière blafarde.
L’éclair du flash interne, même discret, pourra redonner un peu de peps, de clarté à votre sujet en faisant ressortir les couleurs. Cela peut particulièrement être intéressant avec une lumière en contre-jour plus ou moins directe qui a tendance à provoquer une sorte de voile lumineux, comme dans l’exemple ci-dessous.

Utilité du flash intégré - accentuer les couleurs : photo sans et avec le flash interne

Photo de gauche sans flash, photo de droite avec flash intégré

Certes, l’éclairage par le flash intégré a amené un éclairage un peu plat (l’idéal aurait été d’utiliser un flash en déporté) mais, en revanche, il a permis de rehausser les couleurs.

Au passage, vous remarquerez aussi que sur la deuxième photo au flash, la balance des blancs est plus juste : le blanc est vraiment blanc sans dominante de couleur, contrairement à la première photo. Pourtant, dans les 2 cas, la balance des blancs de l’appareil était en mode automatique. Ce mode cherche à neutraliser les éventuelles dominantes de couleur, mais l’appareil s’en sortira mieux lorsque le flash intégré apportera une lumière neutre dont la température de couleur est connue et maîtrisée. Et hop, encore un petit avantage à attribuer à notre petit flash intégré tant décrié…

Figer ou souligner un mouvement

Même si, dans ce domaine, un flash intégré offrira des possibilités plus limitées qu’un flash cobra, en raison de sa faible puissance, comme tout flash, la grande brièveté de l’éclair permet de figer des mouvements très rapides.
Certains flashes intégrés offrent même la fonction stroboscope qui permet de déclencher une salve d’éclairs (le nombre d’éclairs est paramétrable selon certaines contraintes) pendant le temps de pose : de quoi figer plusieurs phases d’un même mouvement sur une photo.
Si le sujet est uniquement éclairé par le flash, il sera figé et bien net. Si par contre votre photo combine à la fois lumière du flash et lumière ambiante, vous pourrez voir le sujet assez net (coup de flash) et des traces fantômes de son déplacement pendant le temps de pose de l’appareil photo. C’est d’ailleurs dans ce cas de figure qu’il est intéressant de connaître l’option premier et second rideau du flash.

Utilité du flash intégré - souligner ou figer le mouvement : photo d'un pendule figé par l'éclair du flash interne, photo avec les traces du mouvement, photo avec le flash en mode stroboscopique

Photo de gauche avec le flash intégré pour figer le mouvement du pendule ; photo du centre mélangeant lumière ambiante (traces lumineuses) et flash pour figer le pendule ; photo de droite avec le flash intégré en mode stroboscopique (4 éclairs pour figer 4 instants du mouvement de balancier du pendule)

Utiliser son flash intégré pour commander d’autres flashes à distance

S’il fallait encore une raison pour vous convaincre de l’utilité d’un flash intégré, voilà une fonctionnalité que j’apprécie particulièrement : certains flashes intégrés permettent de piloter à distance d’autres flashes. Dans le jargon, on dit que le flash intégré peut servir de flash « maître » pour contrôler d’autres flashes dit « esclaves ». Les termes sont certes particuliers mais ils ont le mérite d’être clairs sur le rôle de chaque flash. Avec ce type de système, le flash intégré de votre appareil pourra donner des ordres par des impulsions lumineuses à un ou plusieurs flashes. Même si une liaison optique sera moins fiable qu’une prise de contrôle par ondes radio, vous pourrez facilement mettre en place un éclairage déporté avec un flash (ou plus) compatible, sans avoir à acheter un système coûteux supplémentaire. Pas mal non ?

Attention toutefois, tous les flashes intégrés n’offrent pas cette possibilité. Regardez dans les menus de votre appareil photo ou référez-vous à votre mode d’emploi pour savoir si le flash de votre appareil est capable, malgré sa petite taille, de donner des ordres à des flashes plus gros que lui 🙂
Faites aussi attention lors de l’achat d’un autre flash : en plus des problèmes de compatibilité entre marques, certains peuvent servir, au choix, de maîtres ou d’esclaves, d’autres ne pourront être que maîtres et d’autres encore qu’esclaves… et oui c’est un monde obscur et impitoyable que celui des flashes 🙂
Si l’on met de côté sa faible puissance qui pose parfois problème, finalement le plus gros inconvénient du flash intégré c’est de faire un éclairage dur et plat (qui enlève les ombres dessinant le relief du sujet) en raison de sa petite taille et de sa position très proche de l’axe optique. Mais s’il ne donne pas une lumière intéressante lorsqu’on l’utilise comme source principale d’éclairage, en revanche, on l’a vu, le flash interne pourra se révéler très utile dans bien d’autres cas (mieux gérer les forts contrastes et contre-jours, déboucher les ombres, déclencher d’autres flashes à distance…).
Alors messieurs les fabricants d’appareils photo, arrêtez de nous enlever les flashes sur les appareils photo semi-pro ou pro, car malgré ses imperfections et sa mauvaise réputation, le flash intégré peut s’avérer bien utile !

Et vous ?Et pour vous, utile ou non le flash intégré ? Utilisez-vous le flash interne ? Pas du tout, très peu, de temps en temps, souvent ? Voyez-vous d’autres utilités auxquelles je n’ai pas pensé ?

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À propos de : Hervé (LuzPhotos)

Hervé Drouet, photographe professionnel au pays basque, spécialiste formation photo et rédacteur du blog LuzPhotos.

6 commentaires

  1. Bonsoir Hervé
    Je pense que les images des dés sont inversées par rapport au texte…
    Sinon bon exposé.Merci.

    • Bonjour Joël,

      Merci pour ta remarque. C’est vrai que l’exemple des dès n’est sans doute pas celui qui est visuellement le plus explicite mais non, il n’y a pas d’inversion.

      – Dans la photo de gauche la cible et les dès ont une lumière qui vient essentiellement de derrière (on voit notamment la lumière qui vient des côtés en bas), ce qui a tendance à atténuer l’intensité des couleurs.

      – Côté gauche, cet effet de contre-jour est effacé par le coup de flash, ce qui rend les couleurs plus franches. On apperçoit notamment la lumière du flash sur les angles des dés. Les couleurs de la cible du fond sont plus franches, moins pales, que sur la première photo.

  2. Bravo Hervé, belle démonstration de l’utilité du flash intégré !

  3. CUGUILLERE Maryse

    Merci beaucoup pour cet article à la fois très clair et très utile comme toujours.

  4. CATHERINE BUYEL

    Merci Hervé pour tes 2 cours donnés au club c’était très clair et les travaux pratiques fort utiles . Merci encore.

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