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Les différents types de flou en photo

En photographie, le flou a une importance visuelle considérable : il peut être subi, involontaire (dans ce cas, sauf cas particulier, si le sujet principal est flou, la photographie sera généralement considérée comme ratée) ou bien recherché (mise en valeur du sujet en floutant l’arrière-plan, mise en évidence du mouvement du sujet par le flou, flou artistique créatif…). Dans cet article nous allons nommer, définir et illustrer les différents types de flous que nous pouvons rencontrer en photographie.

Afin de qualifier les différents flous en photo, nous allons distinguer les flous dont l’origine est technique et les flous liés aux mouvements (ceux du photographe ou bien du sujet photographié).

Les flous liés à des aspects ou réglages techniques

Dans cette partie, nous allons voir les flous d’origine optique (celui de profondeur de champ et celui de l’objectif) et le flou de mise au point (dû à une mise au point mal maîtrisée).

Le flou lié à la profondeur de champ

La profondeur de champ peut être définie comme la zone de netteté acceptable (la partie de l’image où l’œil humain considère que c’est net). En dehors de cette zone, l’image sera plus ou moins floue. Optiquement parlant, il y a un plan de netteté optimale (plan parallèle au capteur) là où la mise au point a été faite (généralement sur votre sujet) et autour de ce plan, une zone de netteté qui va progressivement passer du net au flou. Le flou réparti autour de cette zone de netteté (ou profondeur de champ) peut être appelé « flou de profondeur de champ » .

Flou de profondeur de champ : les 2 premiers chats sont bien nets mais le troisième à droite est légèrement flou (hors zone de netteté)

Flou de profondeur de champ : Les 2 premiers chats à gauche sont bien nets mais le troisième à droite (qui est un peu en retrait par rapport aux autres) est légèrement flou (il est en dehors de la zone de netteté). Pour que ce dernier soit également bien net, il aurait fallu fermer plus le diaphragme pour étendre la zone de netteté (la profondeur de champ) et ainsi l’inclure dedans.

C’est sans doute un des aspects visuels les plus importants en photographie. Cette particularité optique offre au photographe un potentiel créatif formidable.
Typiquement, un sujet sera parfaitement mis en valeur s’il est bien net sur un fond flou. Le flou de profondeur de champ permettra que des détails de l’arrière-plan se fassent oublier, qu’ils n’attirent pas trop l’attention, en d’autres termes, qu’ils ne parasitent pas le sujet de votre photo…

Illustration du flou de profondeur de champ selon l'ouverture (d'une petite ouverture à une grande ouverture)

Illustration du flou de profondeur de champ selon l’ouverture.
Pour rappel, plus l’ouverture est grande (petit chiffre), plus la zone de netteté ou profondeur de champ est faible.
– En haut à gauche, petite ouverture de diaphragme (grand chiffre f/32) : l’arrière-plan est très présent.
– En bas à droite, grande ouverture (petit chiffre f/4) : l’arrière-plan se fait oublier, il est très flou.

Sans entrer dans le détail, pour un appareil photo donné (je ne parlerai pas ici de la taille du capteur et de la notion de cercle de confusion), l’étendue de la profondeur de champ (et donc du flou autour de cette zone de netteté) va dépendre de :

  • L’ouverture (plus l’ouverture sera grande et plus la profondeur de champ sera réduite)
  • La focale (plus la focale sera longue et plus la profondeur de champ sera courte)
  • La distance de mise au point (plus la distance de mise au point sera courte et plus la profondeur de champ sera faible).

Et pensez aussi que, pour une profondeur de champ donnée, plus le sujet (sur lequel la mise au point est faite) sera éloigné du fond (autrement dit, plus la distance sujet-fond sera importante) et plus le flou d’arrière-plan sera prononcé (puisque le flou s’accentue à mesure que l’on s’éloigne du plan de netteté).

Sachez également qu’on utilise le terme d’origine japonaise « bokeh » (on prononce « bokè ») pour désigner la qualité esthétique du flou d’arrière-plan d’une photo.

Le flou de mise au point

Ici je distingue flou de mise au point et de profondeur de champ, mais en réalité, vous l’aurez compris dès la partie précédente, les deux sont totalement indissociables. Sans flou de profondeur de champ (avec une netteté constante du premier plan à l’arrière-plan), alors la notion même de mise au point n’aurait aucune importance… sans profondeur de champ, l’endroit où est effectuée la mise au point (le focus) serait sans objet et la notion même de mise au point n’aurait pas lieu d’être ! Nous sommes d’ailleurs presque dans ce cas de figure lorsque nous photographions avec notre smartphone. En effet, avec ce type de matériel, la profondeur de champ (ou zone de netteté) est extrêmement étendue. Une erreur de mise au point est rarement gênante car toute la photo sera nette. A l’inverse, avec un appareil photo type reflex, la zone de netteté est réduite (surtout si vous avez choisi une grande ouverture) et donc l’endroit où la mise au point est effectuée est primordiale.

On parle de flou de mise au point lorsque la mise au point est faite au mauvais endroit. Par exemple, pour un portrait, il est communément admis que les yeux du sujet doivent être parfaitement nets (celui qui visionnera la photo sera inévitablement attiré par les yeux de la personne photographiée). Si la mise au point a été faite sur un élément derrière le sujet, alors les yeux et le visage seront flous et la photo sera tout simplement ratée. Et même sans aller dans ce cas extrême, si vous avez une très faible profondeur de champ et que la mise au point n’a pas été faite sur les yeux, la photo sera considérée comme loupée par la plupart des photographes un peu exigeants. En effet en lecture d’image, le net attire notre attention alors que les éléments flous ont tendance à se faire discrets… avoir flou votre sujet principal (ou bien une caractéristique primordiale de celui-ci, comme les yeux dans le cas d’un être vivant) sera donc a priori contre-productif pour la bonne lecture de votre photo.

Le flou de mise au point : exemple de focus réalisé au mauvais endroit

Le flou de mise au point : dans cet exemple, la mise au point a été faite par erreur sur la truffe du chat et les yeux ne sont pas tout à fait nets en raison de la faible profondeur de champ…

Le flou dû à un manque de piqué de l’objectif

Ce flou, pas toujours évident à caractériser, est directement lié à la qualité optique de l’objectif utilisé. A ce sujet, on parle souvent du piqué de l’objectif. On peut définir le piqué comme la capacité d’un objectif à faire ressortir les détails les plus fins. Plus le piqué de votre objectif sera élevé, plus la sensation de netteté sera importante. A l’inverse, si votre objectif manque de piqué, l’image obtenue risque fort de manquer de détails, de « mordant »…

Le piqué d’un objectif pourra notamment varier en fonction :

  • des ouvertures choisies (il y aura notamment une baisse de piqué lorsque le diaphragme sera très fermé comme nous le verrons dans la prochaine partie),
  • de la focale retenue pour les zooms
  • de la zone de l’image. Le piqué pourra être réparti de manière plus ou moins uniforme. Bien souvent, les formules optiques privilégient le centre de la photo. Cette tendance plutôt logique se fait parfois au détriment des bords et des coins de l’image.

Les revues spécialisées photo et sites tels que DxOMark vous donneront la carte ou le diagramme du piqué de votre objectif, pour chaque valeur d’ouverture. Pour un objectif donné, les tests sont généralement effectués au minimum sur un appareil photo à capteur plein format et à capteur APS-C. Bien sûr, pour encore plus de pertinence, sur un site comme DxO, l’idéal est de trouver les tests d’objectifs effectués directement sur le modèle de votre appareil photo. Si le couple objectif-boitier que vous avez, n’a pas été testé, alors je vous conseille de chercher un test sur un appareil photo avec des caractéristiques proches (même taille de capteur et avec une définition en millions de pixels approchante).

Flou optique : variation du piqué en fonction de l'ouverture (focale 50mm f/1,4)

Flou optique : variation du piqué en fonction de l’ouverture (exemple d’une focale fixe de 50mm f/1,4).

Illustration du flou optique d'un objectif (manque de piqué aux ouvertures de diaphragme maximales)

Comparaison visuelle de 4 photos agrandies à 100% (portion du dos d’un livre pris avec un objectif 50mm sur un appareil photo avec capteur plein format) :
– Ouverture de f/1,4 en haut à gauche (diaphragme ouvert au maximum) : le flou est marqué
– Ouverture de f/2 en haut à droite
– Ouverture de f/2,8 en bas à gauche
– Ouverture de f/4 en bas à droite : la netteté est optimale comparé aux photos précédentes

Flou optique : variation du piqué en fonction de la focale et de l'ouverture

Flou optique : variation du piqué en fonction de la focale (en abscisse) et de l’ouverture (en ordonnée) sur un zoom 17-40mm f/4.
– On peut notamment constater une légère baisse de piqué vers la focale et l’ouverture maxi en bas à droite (40mm à f/4).
– Le manque de piqué pour les ouvertures proches de f/16 à f/22 (en haut du graphique) est dû au phénomène de diffraction (cf. partie suivante).

Flou optique : répartition non uniforme du piqué

Flou optique : répartition non uniforme du piqué (exemple d’un zoom 24-70mm à la focale maximale et à pleine ouverture).

De manière générale, on considère plutôt à juste titre qu’un objectif donne le maximum de piqué en fermant d’environ deux diaphragmes (affirmation à vérifier au cas par cas, car parfois certains objectifs sont excellents même à pleine ouverture). Par exemple, un objectif ayant une ouverture maximale de f/4, présentera souvent son meilleur piqué à f/8 (en fermant de 2 IL).

Le flou de diffraction lié à l’ouverture

Nous venons de le voir, un objectif donne souvent tout son potentiel en fermant un peu le diaphragme (de 2 diaphragmes environ). Mais attention, si l’on pousse beaucoup plus loin et que l’on flirte avec les valeurs maximales d’ouverture (toutes petites ouvertures type f/16, f/22…), vous aller provoquer le phénomène optique de diffraction qui va vous faire perdre un peu en netteté.

Illustration du flou de diffraction : photo à 100% avec ouverture de f/11 et f/32

Comparaison visuelle de 2 parties identiques de photos agrandies à 100% (dos d’un livre pris avec un zoom transtandard 35-80mm sur un appareil photo avec capteur APS-C) :
– Ouverture de f/11 à gauche
– Ouverture de f/32 à droite (diaphragme fermé au maximum)

Soyons clairs, cela ne veut pas dire que vous devez systématiquement chercher l’ouverture qui donne le maximum de piqué et éviter par principe de fermer fortement votre diaphragme : il y a bien sûr des cas où le choix de l’ouverture est plus important que la légère perte de piqué engendrée (nécessité d’une grande profondeur de champ, d’un long temps de pose…).

Le flou de débruitage lié aux hautes sensibilités

Plus nous photographions avec une haute sensibilité (avec une valeur ISO élevée), plus la photo présentera du bruit numérique. Ce bruit fait apparaitre des pixels colorés, parasites (qui ne correspondent pas à la réalité du sujet photographié), du grain qui détériorent la qualité visuelle de l’image comme le montre la photo ci-dessous :
Photo présentant un bruit numérique marqué (zoom sur une partie d'une charte de couleurs)

Pour atténuer cette dégradation de l’image, l’appareil photo va traiter informatiquement l’image afin de limiter ce bruit numérique disgracieux. Malheureusement, ce traitement anti-bruit (appelé aussi débruitage) se fait généralement au prix d’une perte de détails et de netteté. Les algorithmes de traitement auront tendance à lisser, à flouter l’image pour faire disparaitre les pixels parasites. On peut donc parler d’un flou provoqué par le débruitage nécessaire lors de l’utilisation de hautes sensibilités.

Pour bien mettre en évidence ce phénomène, j’ai pris délibérément un cas extrême en faisant mes tests sur un appareil photo avec un capteur assez petit (micro 4/3), en prenant la sensibilité maximale du boîtier (25600 ISO) et en choisissant le traitement anti-bruit le plus poussé (la plupart des appareils photo permettent d’activer ou non l’option de débruitage et aussi de régler son degré d’intervention).

Flou dû au traitement anti-bruit lié aux hautes sensibilités : comparaison d'une photo référence (64 ISO) et d'une photo prise à 25600 ISO avec traitement anti-bruit élevé

Photos d’un dos de livre d’une zone agrandie à 100%
– A gauche, une photo référence prise à une sensibilité basse (64 ISO) : les micro-contrastes et les petits détails sont biens visibles (lignes et lettres oranges formées de points bien distincts, rayures apparentes…)
– A droite, une photo prise à haute sensibilité 25 600 ISO et ayant subi un traitement anti-bruit élevé : l’image ne présente plus autant de fins détails (les lettres sont un peu floutées, les rayures ont pratiquement disparues…)

Si vous photographiez en RAW en hautes sensibilité (valeur ISO élevée), vous devrez également traiter le bruit numérique en passant par un logiciel de développement RAW. Vous aurez bien plus de possibilités de réglages que sur votre appareil photo, mais le phénomène de lissage (et donc de flou) pour réduire la présence du bruit numérique sera également inévitable. Toutefois, la possibilité d’adapter finement le traitement anti-bruit à chaque série de RAW (ou même à chaque fichier RAW) devrait vous permettre de limiter plus facilement le flou de lissage tout en préservant au maximum les détails (il s’agit de trouver un équilibre entre la suppression du bruit et la perte de détail que cette action tend à provoquer).

Les flous dus aux mouvements du photographe

Dans cette partie, je vais distinguer les flous provoqués par des mouvements involontaires et ceux sciemment recherchés par le photographe.

Le flou de bougé (mouvements involontaires)

En photographie, on parle de « flou de bougé » lorsque le photographe bouge pendant la prise de vue. Même si nous croyons être stables, en prenant une photo à main levée, si la vitesse d’obturation est assez basse, nous risquons de légèrement trembler pendant que la lumière va impressionner le capteur pour créer l’image. Et si nous faisons légèrement bouger le cadre de la photo pendant que l’image se crée, l’ensemble de la photo sera floue.

Pour bien comprendre, prenons un cas d’école : imaginons que notre temps de pose (ou vitesse d’obturation) est de 2 secondes. L’obturateur de l’appareil photo (la pièce qui laisse passer la lumière jusqu’au capteur) sera ouvert pendant 2 secondes, le temps nécessaire pour que l’image se créée : à main levée, il sera impossible de rester parfaitement immobile pendant un temps aussi long… pour la démonstration, admettons que pendant la première seconde vous avez réussi à tenir votre cadrage (votre sujet commence à s’imprimer sur le capteur), mais ensuite, vous avez légèrement bougé : votre sujet est donc légèrement décalé par rapport à votre cadrage initial… l’image finit de s’imprimer et votre sujet apparaît donc en double (sujet en position 1 dans le cadre pendant la première seconde et même sujet en position 2 pendant le temps de pose restant).

Le flou de bougé (mouvements involontaires) - Explication en images (cadrage et création de l'image au cours de l'exposition)

Si l’on regarde le sujet de la photo, on verra un décalage dû au changement de cadrage pendant la prise de vue, un dédoublement du sujet.

Dans les photos ci-dessous, la première photo est bien nette, la seconde puis la troisième photo présentent un flou de bougé plus ou moins prononcé.

Le flou de bougé en photos (flou involontaire) : 3 photos du net au flou

Le flou de bougé en photos (flou involontaire) : première photo nette, seconde et troisième photo avec un flou de bougé croissant

En quelques mots, pour éviter le flou de bougé, vous pouvez :

  • Augmenter votre vitesse d’obturation,
  • Activer l’éventuelle stabilisation de votre objectif ou de votre appareil photo,
  • Stabiliser votre boîtier en utilisant par exemple un trépied, comme expliqué dans l’article Pourquoi utiliser un trépied.

Les flous de bougé créatifs (mouvements volontaires)

Lorsque l’on parle de flou de bougé, on pense généralement à un flou que l’on a généré de façon involontaire en bougeant pendant la prise de vue. Toutefois, si l’on prend la définition dans un sens large, on peut estimer que le flou de bougé peut aussi inclure les mouvements volontaires du photographe pendant l’exposition.
Dans le flou de bougé (involontaire), il faudra rechercher une vitesse d’obturation rapide pour l’éviter. A l’inverse, dans le cas des flous de bougé créatifs, une vitesse d’obturation assez lente sera nécessaire pour avoir le temps d’effectuer un mouvement (volontaire celui-là) pendant la prise de vue. Si la vitesse est trop rapide, vous n’aurez pas l’effet de flou recherché (le cadrage n’aura pas eu le temps de bouger pendant l’exposition).

Parmi les techniques les plus connues, vous avez notamment le flou de filé et le zooming.

Le flou de filé

Cette technique assez délicate à mettre en œuvre (vous aurez certainement pas mal de loupés, surtout au début) consiste à suivre un sujet en mouvement pendant la prise de vue. Cela suppose donc un temps de pose assez long pour permettre l’enregistrement de votre mouvement de suivi.
L’idée étant que :

  • le sujet mobile soit maintenu à la même position dans le cadre : le sujet devrait donc être net,
  • le cadrage change pendant l’exposition (vous devez bouger votre appareil pour suivre le sujet) : l’environnement autour du sujet sera donc flou puisqu’il va changer au cours de la prise de vue.

Voici un schéma explicatif :
Le flou de filé (suivi du sujet) - Explication en images (cadrage et création de l'image au cours de l'exposition)
Et une petite animation :

Flou de filé : l'image animée de gauche illustre le mouvement de suivi du photographe

Flou de filé – explication avec animation :
– l’image animée de gauche illustre le mouvement de suivi du photographe au moment de la prise de vue (suivi de la voiture pour qu’elle ne change pas de position dans le cadre)
– l’image de droite illustre le résultat de la prise de vue : la photo obtenue avec ce mouvement panoramique de suivi (voiture nette et paysage présentant un flou de filé )

En plus de la maîtrise du mouvement panoramique (suivre de manière régulière le sujet en le maintenant à la même position dans le cadre), il faudra trouver le bon compromis au niveau de la vitesse d’obturation pour réussir à ce que :

  • le sujet soit suffisamment net (plus votre vitesse sera lente et plus ce sera dur),
  • le décor autour soit suffisamment flou (filé) afin de souligner au mieux l’effet de vitesse (plus votre vitesse d’obturation sera élevée et moins l’effet de flou de filé sera marqué).
Flou de filé : exemple d'un avion télécommandé sur fond de forêt

Flou de filé : exemple d’un avion télécommandé sur fond de forêt (vitesse d’obturation de 1/60s)

Flou de filé : exemple d'un ULM autogire en phase de décolage

Flou de filé : exemple d’un ULM autogire en phase de décollage (vitesse d’obturation de 1/80s)

Le flou de zooming et d’explozoom

La technique consiste à changer de focale pendant la prise de vue (au cours de l’exposition). Le changement de cadrage provoqué par le passage d’une focale à une autre va provoquer des lignes floues qui vont converger vers le centre de la photo.

Bien souvent les photographes utilisent sans distinction les termes zooming ou explozoom pour parler de cette technique.
Pour les plus pointilleux, sachez tout de même que normalement on parle de :

  • Zooming lorsque l’on zoome en passant d’une courte focale (grand-angle) vers une longue focale (téléobjectif).
  • Explozoom lorsque l’on dézoome en passant d’une longue focale (téléobjectif) vers une courte focale (grand-angle).

En réalité, la distinction est accessoire car il est tout à fait possible d’obtenir la même photo (le même effet visuel) en changeant de focale dans un sens ou dans l’autre (en zoomant ou en dézoomant). Dans les deux cas, vous obtiendrez des lignes de flou qui ramènent le regard vers le centre de la photo (on pourrait parler d’une sorte d’effet tunnel).

Flou de zooming ou explozoom : effet tunnel

Flou de zooming ou explozoom : effet tunnel (vitesse d’obturation de 1s)

Flou de zooming : les lignes convergent vers le sujet central

Flou de zooming : les lignes convergent vers le centre où a été placé le sujet (vitesse d’obturation de 1s)

Quelques conseils simples pour réussir ce type de photos :

  • Une vitesse d’obturation assez lente est nécessaire pour que vous ayez le temps d’effectuer le changement de focale (pour donner un ordre d’idée, à partir d’environ 1/30s à 1 ou 2 secondes).
  • Si votre photo n’est pas totalement abstraite et que vous avez un sujet (comme sur la photo ci-dessus), alors centrez-le car de toute façon les lignes de flou ramèneront systématiquement au centre de la photo et seul le centre pourra être relativement net.
  • Un trépied peut grandement vous aider ! En vous libérant de la tenue de votre appareil, cela vous permettra de vous concentrer sur le maniement du zoom. Les lignes de flous seront parfaitement droites car aucun autre mouvement parasite ne viendra perturber le changement de focale. Si vous avez un sujet immobile au centre, il aura aussi plus de chance d’être net car aucun flou de bougé ne s’ajoutera à l’effet de zooming.
  • Pour un effet marqué, choisissez un environnement assez chargé. Si votre fond est trop uni (par exemple, un ciel bleu uniforme), les lignes de flou et l’effet tunnel associé seront absents.

Autres flous de bougé volontaires : mouvement vertical, rotation…

Toujours avec une vitesse d’obturation assez basse, vous pouvez essayer d’autres mouvements au moment de la prise de vue pour créer des flous artistiques : mouvement horizontal, vertical, en diagonal, zig zag, rotatif… et rien ne vous empêche également de combiner différentes techniques : par exemple, un zooming et une rotation… à vous de libérer votre créativité ! Amusez-vous ! C’est un des gros avantages de la photo numérique, vous avez tout loisir d’expérimenter sans coût supplémentaire (ce qui n’était pas le cas avec la photographie argentique).

Exemples de flous de bougé volontaires : mouvement vertical

Flous de bougé volontaire vertical :
– à gauche, mouvement vertical avec « effet fantôme » (vitesse d’obturation 8s)
– à droite, mouvement vertical (vitesse d’obturation 1/2s)

Exemples de flous de bougé artistique : mouvement de rotation

Flou de bougé artistique avec mouvement de rotation (vitesse d’obturation 1s)

Exemples de flous de bougé volontaires : zooming associé à un mouvement rotatif

Flous de bougé volontaires (au cours d’une exposition de 1s) : 2 exemples de zooming associé à un mouvement de rotation (effet spiral)

Les flous dus aux mouvements du sujet

Le principe

Si le sujet se déplace pendant la prise de vue (durant le temps d’exposition), alors la photo présentera un flou lié à ce changement de position du sujet dans le cadre. C’est ce qu’on appelle un flou de mouvement.

Le flou de mouvement (sujet mobile pendant le temps de pose) - Explication en images (cadrage et création de l'image du début à la fin de l'exposition)

Si l’appareil photo reste immobile durant le temps de pose (pas de flou de bougé), alors seul le sujet en mouvement présentera un flou. Sauf flou de profondeur de champ, les autres éléments de la photo seront nets (contrairement à un flou de bougé involontaire où l’ensemble de la photo sera flou).
Par exemple, lorsque l’on fait une pose longue d’un torrent (cf. photo ci-dessous), seule l’eau en mouvement pendant la prise de vue présente un flou. L’environnement autour du cours d’eau (rives, rochers…) est net puisque parfaitement immobile durant le temps de pose.

Flou de mouvement : exemple d'un torrent

Photo prise sur trépied avec un temps de pose de 15s : seule l’eau qui coule présente un flou de mouvement (aspect lisse, un peu cotonneux). Le reste de la photo est nette car immobile.

Trouver la vitesse adéquate

C’est la vitesse d’obturation (ou temps de pose) qui permettra de figer ou non le mouvement du sujet. Si le sujet n’a pas le temps de se déplacer pendant le temps de pose, alors il n’y aura pas de flou de mouvement. A l’inverse, si le temps de pose est assez long (vitesse assez lente) pour permettre au sujet de se déplacer pendant ce laps de temps (pendant l’exposition), alors la photo présentera un flou de mouvement. Ce flou sera plus ou moins marqué selon la vitesse d’obturation choisie comme l’illustre les photos ci-dessous.

Illustration du flou de mouvement selon la vitesse d'obturation (d'une vitesse élevée à une vitesse lente)

Illustration du flou de mouvement sur un moulin à vent selon la vitesse d’obturation.
– En haut à gauche, la vitesse élevée a figé le mouvement (pas de flou de mouvement)
– Le flou de mouvement apparaît dès la seconde photo. Il est d’autant plus prononcé que la vitesse diminue.
– Sur la dernière photo avec la plus faible vitesse, l’effet de flou de mouvement est très marqué : les pales du moulin vont jusqu’à former un cercle complet et les couleurs se mélangent.

En photo de sport on cherche habituellement à figer les actions et à éviter le flou de mouvement (exemple de photo d'un surfeur)En photo de sport ou en photo animalière, la plupart du temps, on cherche à figer une action avec une vitesse d’obturation rapide : cela présente l’avantage de bien faire ressortir le sujet (surtout si le sujet a été figé dans une position qui le met en valeur). Le sujet est parfaitement identifiable. Au contraire, avec une vitesse plus lente, sauf à faire une photo avec la technique du filé (comme nous l’avons vu plus haut), c’est avant tout le mouvement qui va être mis en exergue à travers le flou, parfois au détriment du sujet qui risque d’être moins bien identifiable. La photo sera plus esthétique qu’informative.

Avec des sujets en mouvement, entre figer ou flouter l’action, le photographe peut aussi rechercher un entre deux où le sujet est parfaitement identifiable mais où des éléments plus « accessoires » de ce dernier soulignent qu’il est en mouvement. La difficulté première sera de trouver la vitesse d’obturation adaptée (assez rapide pour essayer d’avoir nette la partie qui nous intéresse et assez lente pour avoir encore du flou pour suggérer le mouvement)…
Un exemple simple pour illustrer mes propos : photographier un hélicoptère en faisant en sorte que la cabine soit parfaitement nette mais que les pales du rotor principal et de queue présentent un flou de rotation.

Exemple de flou de mouvement : la vitesse d'obturation choisie permet d'avoir l'hélicoptère net avec un flou de mouvement sur les pales

La vitesse d’obturation choisie (1/80s dans ce cas) permet d’avoir l’hélicoptère net tout en ayant un flou de mouvement sur les pales.

Si vous voulez en savoir plus sur cet exemple précis, je vous invite à consulter l’article Comment photographier un hélicoptère en vol.

L’exercice va encore se compliquer lorsqu’il s’agit de photographier des êtres vivants en mouvement en cherchant à garder du flou pour souligner l’action. Il y aura un facteur chance beaucoup plus important.

Le flou de mouvement : combat d'étourneaux (les oiseaux sont reconnaissables mais flous)

Combat d’étourneaux : même si les oiseaux sont bien identifiables et que leur position respective est intéressante, l’idéal aurait été que les têtes des oiseaux soient un peu plus nettes en choisissant une vitesse un peu plus rapide (sans aller jusqu’à figer le mouvement)…

Flou de mouvement, trépied et filtre ND

Flou de mouvement et effets fantômes : autoportrait en pose longue

Sur cet autoportrait, un temps de pose de 10s a permis de créer des flous de mouvements et de transparence (« effets fantômes »)

Pour les photos nécessitant un temps de pose assez long afin de permettre le mouvement du sujet pendant le temps d’exposition (et donc le flou de mouvement), mais en évitant le flou de bougé, le trépied sera souvent très utile, voire même indispensable. A ce propos, vous pouvez lire ou relire la partie Jouer sur les flous de mouvement de l’article « Pourquoi utiliser un trépied ».

En complément d’un trépied, afin d’atteindre des temps de pose longs quelques soient les conditions lumineuses, vous pouvez aussi vous équiper de filtres gris neutres (communément appelés filtres ND). Pour en apprendre plus à ce sujet, je vous invite à parcourir l’article Filtre ND (gris neutre) : utilité et utilisation.

Flou de mouvement et flash

Flou de mouvement et flash : pendule avec traînée lumineuse

Dans cet exemple, la vitesse d’obturation assez lente (0,3s) laisse le temps au mouvement du pendule de s’imprimer sous la forme d’une traînée lumineuse (flou de mouvement). A l’inverse, le flash fige le pendule dans sa position à l’instant précis où l’éclair est émis.

Afin de mélanger flou et net, le flash peut être un précieux allié comme l’illustre la photo ci-dessous. Sur un sujet en mouvement, le flash va pouvoir imprimer sur le capteur le sujet dans sa position au moment du coup de flash (sur la photo, le flash s’est déclenché lorsque le pendule était sur la partie droite de la photo). Associé à un temps de pose assez long, la lumière ambiante va permettre de laisser une trace lumineuse du mouvement du sujet (ici le mouvement de rotation du pendule).

Autrement dit, pour un sujet en mouvement, la lumière ambiante fait apparaître le flou de mouvement et la lumière du flash révèle le sujet.
Pour en apprendre un peu plus sur l’utilisation du flash dans ce contexte, vous pouvez lire la partie Figer ou souligner un mouvement de l’article « Le flash intégré est-il toujours utile ? » et également l’article La synchro flash second rideau.

J’espère que cet article vous aura montré au moins une chose : si l’on fait abstraction des flous non volontaires, le flou est en photo un outil créatif particulièrement puissant ! Certes, il peut être vu comme une contrainte, car il suppose de maîtriser la profondeur de champ, la mise au point et la vitesse d’obturation, mais c’est aussi et avant tout, un formidable moyen d’expression artistique. Le flou permet en particulier de créer des photos esthétiquement fortes et qui sortent souvent de l’ordinaire, de mettre en valeur votre sujet, de souligner le mouvement… bref, vous l’aurez compris, à mes yeux, le flou est un outil incontournable au service de la création photographique !

Et vous ?Comment utilisez-vous le flou en photo ? Quel type de flou préférez-vous ? Cet article vous a-t-il donné envie de tester certaines techniques créatives ? Avez-vous déjà expérimenté le flou de filé, de zooming ? les flous liés à des poses longues ?

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À propos de : Hervé (LuzPhotos)

Hervé Drouet, photographe professionnel au pays basque, spécialiste formation photo et rédacteur du blog LuzPhotos.

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