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Macrophotographie : définition par le grandissement

La macrophotographie (souvent appelée « macro-photo » ou « macro » tout court) est le nom usuel de la photomacrographie (c’est le terme normalement consacré). Cette pratique photographique représente, dans l’esprit de nombreux photographes, la photo rapprochée, la photo en très gros plan. Ce n’est pas faux en soi mais en réalité, au sens strict du terme, dans son acceptation scientifique, la macrophotographie a une définition beaucoup plus précise qui ne peut être appréhendée qu’après avoir compris ce qu’on appelle le grandissement.

Le grandissement

En macrophotographie, on ne parle généralement pas de grossissement comme lorsque l’on utilise des jumelles mais plutôt de grandissement. Le terme de grossissement sera plutôt réservé à des images virtuelles : des images non enregistrées qu’un observateur regarde en direct au travers d’un instrument optique comme des jumelles, une longue-vue ou simplement une loupe… Dans ce cas, la taille apparente du sujet fluctuera en fonction de l’œil de l’observateur et des conditions d’observation. A l’inverse, nous allons voir que le grandissement est précisément mesurable puisqu’il se calcule à partir d’une image figée d’un objet lui-même mesurable.
A la limite, nous pourrions utiliser le terme de grossissement lorsque nous regardons la scène à photographier dans le viseur de l’appareil photo avant de déclencher, puis de grandissement une fois la scène figée sur une photo… 🙂 mais peu importe… l’essentiel est de comprendre à quoi correspond la notion de grandissement car c’est elle qui est utilisée pour définir ce qu’est la macrophotographie au sens strict, et qui aussi, nous aidera à comparer l’efficacité des différents accessoires permettant de faire de la photo rapprochée.

Définition

Le grandissement est le rapport de la dimension de l’image enregistrée sur le capteur de l’appareil photo sur la dimension réelle du sujet photographié.
Le grandissement G = Image / Objet

Exemples :

  • Si vous photographiez un objet de 2 cm et que l’image de ce même objet mesure 1 cm sur le capteur, alors on a un rapport de grandissement de 1/2 (souvent noté 1:2), ou un facteur de grandissement de 0,5x.
  • Si l’image de ce même objet mesure 2 cm sur le capteur, le rapport de grandissement sera de 1/1 (1:1), le facteur de 1x

Mesure

Si vous connaissez la taille de votre capteur, vous pouvez donc très simplement calculer le grandissement selon différentes configurations en photographiant sur toute la largeur une règle millimétrée.

Un exemple sera plus parlant :

Illustration du grandissement (0,67x) en Macrophotographie avec un APN plein format Canon 5D mark III (objectif macro 100mm)

Grandissement de 0,67x

Illustration du grandissement (1x) en Macrophotographie avec un APN plein format Canon 5D mark III (objectif macro 100mm)

Grandissement de 1x

Dans la première photo ci-dessus prise avec un appareil photo plein format, vous voyez que sur la largeur de la photo vous avez environ 5,4 cm de règle. Sachant que la largeur d’un capteur plein format fait 3,6 cm de large, alors le rapport de grandissement sera de 3,6 / 5,4 soit 0,67 (1/1,5).
En effet, puisque le sujet (la règle) prend toute la largeur du capteur, l’image du sujet fait donc la larguer du capteur (3,6 cm). Et comme nous avons photographié une règle, nous connaissons aussi la taille réelle du sujet photographié en comptant les centimètres et millimètres sur l’image. Ici nous avons 5,4 cm de règle. Il suffit ensuite d’appliquer la définition du grandissement G = Image / Objet (taille de l’image sur le capteur / taille réelle de l’objet photographié).

Si maintenant, nous comptons 3,6 cm de règle sur la largeur de la photo comme sur la deuxième photo, c’est que notre rapport de grandissement est de 1 (3,6 cm du capteur / 3,6 cm de la règle).

Le vocabulaire des constructeurs

Les constructeurs optiques utilisent généralement le rapport et non le facteur de grandissement, ce qui, soit dit en passant, n’est sans doute pas la formulation la plus explicite : la notation par le facteur se comprend instantanément sans réfléchir alors que celle par le rapport de grandissement demande (pour la plupart des individus normalement constitués 🙂 ), un petit temps de réflexion. Jugez par vous-même :

Rapport et facteur de grandissement
RapportFacteur
1:100,1x
1:50,2x
1:40,25x
1:30,33x
1:2,50,4x
1:20,5x
1:1,50,67x
1:11x
2:12x

Et pour ne rien arranger, chaque marque a son propre vocabulaire qui, par la magie de la traduction ou peut-être par souci de vulgarisation, est bien loin du terme normalement consacré.

Pour preuve, voici ce que l’on peut trouver dans les manuels des objectifs macro des constructeurs :

  • Canon utilise le terme de grossissement à la place de grandissement. La marque parle de grossissement pour le facteur de grandissement (0,5x, 1x) et de rapport de grossissement (1:2, 1:1).
  • Nikon parle d’échelle des rapports de reproduction. Le terme grossissement est souvent employé et on peut également trouver l’expression rapport d’agrandissement (et non de grandissement).
  • Sigma parle de grossissement et de rapport de reproduction.
  • Sony utilise aussi les expressions échelle et rapport de grossissement ainsi qu’agrandissement maximum.
  • Tamron parle d’échelle et de rapport d’agrandissement, de grossissement macro mais aussi de rapport de grossissement maximal ou même d’amplification maximale de prise de vue pour le rapport de grandissement de 1:1…

Grandissement et taille du capteur

Plein format Vs APS-C

Pour se rendre compte visuellement ce que représente telle ou telle valeur de grandissement, voici un tableau avec des photos non recadrées prises à différents grandissements avec un appareil photo reflex numérique au format 24x36mm (plein format) et un autre au format APS-C Canon (coefficient de conversion de 1,6 environ).
Sur les photos, vous pouvez voir une règle avec des graduations en centimètres et une pièce de 2 euros (diamètre de 2,5 cm).

Macrophotographie - Illustration du grandissement avec un objectif macro 100mm à différentes distances de mise au point

Avec ce tableau, vous pouvez remarquer qu’à grandissement égal, l’objet (ici, la pièce de monnaie) apparaît plus grand dans le cadre de la photo avec le boîtier APS-C qu’avec le boîtier plein format. Malgré le même grandissement, avec un APS-C, c’est comme si nous avions fait un zoom, un recadrage dans l’image prise par le plein format (dans notre cas, l’image est agrandie d’environ 1,6x, ce qui correspond au coefficient de conversion de notre APS-C Canon).

En comparant les photos entre les deux formats d’appareil, on peut donc légitimement se demander pourquoi le grandissement est identique alors que visiblement le résultat n’est pas le même.
L’explication se trouve dans la définition même du grandissement : il s’agit du rapport entre l’image projetée sur le capteur et l’objet photographié. Si un objet de 2 cm fait aussi 2 cm sur le capteur, c’est que le rapport de grandissement est de 1. Mais visuellement le résultat sera différent puisque sur un capteur plein format, l’objet fera 2 cm de large dans un cadre de 3,6 cm de large et sur APS-C nous aurons 2 cm dans un cadre plus petit de 2,25 cm environ. Dans le premier cas, l’objet prendra plus de la moitié du cadre alors que dans le second il prendra presque la totalité du cadre.

Avantage donc aux appareils photos reflex à petit capteur APS-C si vous voulez que votre sujet apparaisse le plus grand possible dans votre image.

Capteurs des compacts et des bridges

A la lumière de la partie précédente, nous pourrions être tentés d’en déduire que plus le capteur est petit plus un même sujet apparaîtra grossi dans l’image et donc que les compacts devraient être les as de la macrophotographie… L’observation faite sur les reflex plein format et APS-C n’est en réalité pas généralisable : avec un compact, en raison de la taille très réduite des capteurs, les focales réelles sont également très courtes : généralement ce que l’on gagne d’un côté en s’approchant très près du sujet, on le perd de l’autre avec des focales très réduites.

Par exemple, sur mon compact Canon Powershot S120 équipé d’un capteur 1/1,7″ (5,7×7,6 mm), le zoom va de 5,2mm à 26mm soit un équivalent au format 24 x 36 mm (plein format) d’un 24-120mm. Avec un capteur encore plus petit comme sur mon Olympus Stylus TG-4 (1/2,3″ soit 6,16 x 4,62 mm), la plage focale va de 4,5 mm à 18,0 mm (équivalent d’un 25-100mm).

Malgré tout, il faut avouer que les appareils à petits capteurs s’en sortent plutôt bien.
Avec un compact, en mode macro, souvent à la focale la plus courte, vous pourrez vous rapprocher très très près de votre sujet afin de le grossir au maximum dans la photo.

Voici par exemple ce que l’on peut obtenir au maximum avec les deux appareils compacts déjà cités.

Modes macrophoto des APN Compacts Canon S120 et Olympus TG-4 : Illustration du grandissement aux focale minimales et maximales et à distance de mise au point minimale

Nous pouvons constater qu’en raison de la définition même du grandissement, les appareils photos à petits capteurs ne présentent pas des rapports de grandissement très élevés. Pourtant si, par exemple, nous comparons les 2 photos ci-dessus qui ont une valeur de grandissement très proche, la différence visuelle est énorme… le résultat obtenu avec un simple appareil photo compact est impressionnant.

Illustration du grandissement (0,67x) en Macrophotographie avec un APN plein format Canon 5D mark III (objectif macro 100mm)

APN Plein format (Canon 5D mark III)
Grandissement de 0,67x

Illustration du grandissement maximal (0,68x) en Macrophotographie avec un APN Compact Olympus TG4 (focale 100mm)

Compact Olympus TG4
Grandissement de 0,68x

Attention, si je tenais à montrer qu’il ne fallait pas sous-estimer la capacité des APN à petits capteurs à faire de la photo rapprochée, il n’en reste pas moins que chaque solution présentera ses avantages et inconvénients. Dans le cas de la photo faite avec l’Olympus, l’avant de l’appareil était à moins d’un centimètre du sujet : autant dire qu’il est préférable d’avoir un sujet immobile et vraiment non craintif dans le cas d’un sujet vivant ! D’autre part la trop grande proximité de l’appareil avec le sujet a tendance à masquer la lumière. Sans entrer dans les détails, vous aurez aussi une autre différence importante : la profondeur de champ qui est extrêmement réduite en macrophotographie sera plus étendue avec un appareil compact qu’avec un appareil photo reflex…

Macrophotographie, proxy-photographie et microphotographie

Maintenant que nous savons à quoi correspond le grandissement, voyons en quoi il nous aide à définir la macrophotographie.

La définition scientifique de la macrophotographie

Les valeurs de grandissement nous permettent de définir de manière scientifique la macrophotographie, proxy-photographie et microphotographie :

  • On parle de macrophotographie à partir d’un grandissement de 1 et plus : donc à partir du moment où l’image du sujet sur le capteur est au moins aussi grande que sa taille réelle.
  • Il est également généralement admis que pour les facteurs de grandissement compris entre 0,1 (cette limite inférieure peut légèrement varier selon les sources) et 1, il s’agit de proxy-photographie (également écrit proxiphotographie ; les deux orthographes avec un i ou un y se retrouvent avec ou sans tirets…).
  • Pour l’anecdote, au-delà d’un facteur de grandissement de 10, il s’agit de microphotographie qui rassemble les techniques photographiques utilisant un microscope.

Voici un petit tableau récapitulatif des termes de photographie rapprochée avec leur correspondance de grandissement.

AppellationFacteur de grandissementRapport de grandissement
Proxy-photographie0,1 à 1x1:10 à 1:1
Macrophotographie1 à 10x1:1 à 10:1
Microphotographie10 x et plus10:1 et plus

A la lumière de ces explications, nous pouvons maintenant définir ce qu’est un véritable objectif macro : il s’agit d’une focale fixe qui permet d’atteindre un facteur de grandissement d’au moins 1.

Sachez que beaucoup de zoom transtandards sont affublés du terme « macro » mais en réalité il ne s’agit aucunement d’objectifs macro au sens strict du terme puisqu’ils ne permettent pas d’atteindre le grandissement de 1. Avec ces objectifs vous pourrez faire uniquement de la proxy-photographie (et c’est déjà bien).

De même, l’activation de la position macro sur les appareils bridge ou compact, autorise une distance minimale de mise au point très courte, mais ne permet pas de faire de la macrophotographie au sens scientifique du terme.

Cette définition de la macrophotographie à partir du grandissement à l’avantage d’être rigoureuse et ne laisse pas place à interprétation. Elle est particulièrement intéressante pour comparer des méthodes de photos rapprochées appliquées à des appareils avec un capteur de mêmes dimensions. Par contre, elle montre vite ses limites si l’on souhaite comparer les performances des appareils avec des capteurs de tailles différentes. Nous l’avons bien vu dans la partie précédente, en confrontant des photos prise avec un reflex et un compact.
A la lumière de cette définition, refaisons une comparaison :

Illustration du grandissement (1x) en Macrophotographie avec un APN plein format Canon 5D mark III (objectif macro 100mm)

APN Plein format (Canon 5D mark III)
Grandissement de 1x

Illustration du grandissement maximal (0,68x) en Macrophotographie avec un APN Compact Olympus TG4 (focale 100mm)

Compact Olympus Stylus TG4
Grandissement de 0,68x

Dans cette acception scientifique, la première photo prise sur un appareil photo plein format avec un objectif macro au rapport 1:1 est une macrophotographie. Quant à la deuxième photo, faite sur un petit capteur, elle présente un rapport de grandissement qui la classe dans la proxy-photographie… et pourtant vous pouvez constater que la seconde photo montre la règle en très gros plan alors que sur la première, la règle apparaît bien plus petite…

La définition usuelle de la macrophotographie

Toutes ces raisons évoquées plus haut expliquent sans doute l’existence d’une autre définition beaucoup plus large de la macrophotographie.
Avec cette deuxième définition, on parlera de macrophotographie lorsque le sujet affiché sur écran ou imprimé sur un support apparaît plus grand que sa taille réelle. C’est plutôt dans ce sens, que les constructeurs d’appareils photo et d’objectifs utilisent le terme « macro » pour les appareils compacts, bridges ou pour certains zooms.
Contrairement à la définition précédente, la qualification de prise de vue macro ne pourra pas être attribuée dès la prise de vue mais sera dépendante de la destination finale de l’image : une même photo pourra donc être considérée comme une macrophotographie ou non. Ce sera de la macro si le sujet sur l’image (tirage photo, affichage sur écran) apparaît aux yeux de l’observateur plus grand qu’il n’est en réalité.

Là encore cette acception trouve vite ses limites : si l’on pousse plus loin le raisonnement précédent, cela voudrait par exemple dire que la plupart des affiches publicitaire en 4 par 3 relèvent de la macrophotographie (produits, mannequins plus grands que la réalité…à part si la publicité présente une voiture ou un camion 🙂 ) alors qu’à la prise de vue absolument aucune des techniques associées à la macrophotographie n’aura été utilisées…

Si aucune des définitions n’est véritablement satisfaisante, finalement, l’essentiel c’est sans doute que les photographes se comprennent entre eux lorsqu’ils parlent de macrophotographie : la compréhension est somme toute assez intuitive… ils parlent tous de photographie rapprochée où l’on met en avant un monde que nous n’avons pas l’habitude d’observer couramment. Un peu comme si l’on prenait une loupe pour examiner ce qui nous entoure de beaucoup plus près.

Selon moi, ce que l’on met derrière le terme de macrophotographie n’est pas fondamental… ce qui m’importait surtout ici, c’était que vous compreniez la notion de grandissement qui est couramment utilisée par les fabricants d’optiques et permet de comparer entre eux différents matériels et techniques macro (je l’utiliserai d’ailleurs dans les prochains articles traitant du sujet).

Et vous ?Avez-vous déjà fait de la macrophotographie ? Attention c’est une question piège dont la réponse dépend de la définition que vous retenez 🙂 Est-ce que ce domaine de la photographie vous intéresse ? Êtes-vous déjà équipé pour faire de la macrophoto, de la proxiphoto ?

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À propos Hervé (LuzPhotos)

Hervé Drouet, photographe professionnel au pays basque, spécialiste formation photo et rédacteur du blog LuzPhotos.

8 commentaires

  1. Encore un article très bien documenté et expliqué, sur un sujet qui m’attire depuis pas mal de temps mais que je n’ai encore pas abordé.
    Toutes ces informations me seront utiles le moment venu.
    @bientôt.

  2. Très bon article et très bien documenté.
    Merci Hervé.

  3. Très bon article qui aide a bien comprendre le sens des différentes interprétations et qui n’en explique pas moins la vrai définition. Merci Hervé.

  4. J’utilise un Olympus E-30 le confort d’une PDC importante est un régal avec le 50 mm.

    Un vieil 135 mm argentique avec des bagues allonge a repris du service, dommage que la mise au point soit peu aisée.

    Merci Hervé.

    • Oui ce qui peut paraitre un désavantage dans certains domaines (difficulté d’avoir un jolie flou d’arrière plan en portrait par exemple), peut s’avérer un avantage dans d’autre situations (profondeur de champ plus importante en macro…). Chaque type d’appareil présente ses avantages et inconvénients… à nous de connaitre notre matériel pour l’utiliser au mieux et en tirer le meilleur selon les photos recherchées 🙂

      Pour ce qui est de la mise au point, vous le savez peut être déjà mais en macro, très souvent on privilégie la mise au point manuelle : avec des bonnettes ou des bagues allonges la zone de travail étant limitée et la profondeur de champ très réduite, il est généralement plus facile de trouver le point de netteté maximale en bougeant l’appareil très doucement d’avant en arrière (c’est le buste qui bouge) plutôt qu’en agissant sur la bague de mise au point (on fait juste une premier réglage assez grossier puis ensuite on ne touche plus à la bague mais on affine en bougeant).

      Je vais faire un ou deux articles sur les bonnettes macro, j’en reparlerai à cette occasion.

  5. Oui, bien sûr la mise au point est dégrossie et l’on déplace l’APN pour affiner. Pour les objectifs anciens la mise au point est faite à pleine ouverture le plus souvent ce qui limite le confort d’utilisation, il vaux mieux réserver ces objectifs aux sujets statiques.
    Merci Hervé, super !

  6. très bon article très explicite

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